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   Paris Match, June 2001

Kristin Scott Thomas ′Je n'ai plus envie de dependre du desir des hommes″

Christine Haas

Dans «Il suffit d'une nuit», qui sort le 7 juin, elle tombe amoureuse de Sean Penn.  Un registre romantique que cette beauté anglaise aimerait bousculer.  Les Français l'adorent... mais ne la font pas assez travailler.  Elle le regrette.

- Dans ce film, vous devez choisir entre deux hommes, un plus âgé (James Fox) et l'autre de votre âge (Sean Penn).  Ne trouvez-vous pas que, dans vos précédents films, vos partenaires, Robert Redford ("L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux") et Harrison Ford ("L'ombre d'un soupçon"), étaient un peu âgés pour être crédibles?

- Je suis d'accord avec vous et je rêve de faire des films avec des acteurs de mon âge. Sean Penn est évidemment plus de ma génération que Robert Redford, qui a l'âge de mon père. Mais c'est la loi du marché de Hollywood: vous prenez un acteur "costaud", c'est-à-dire un poids lourd commercial, et vous le placez face à une actrice qui le mettra en valeur, cette actrice étant forcément une femme de vingt ans de moins.  Pourtant, beaucoup ont trouvé mon histoire d'amour avec Robert Redford plus convaincante que celle avec le "jeune" Ralph Fiennes dans "Le patient anglais"!

- Aujourd'hui, vous êtes une star internationale, mais les Français vous considèrent comme une actrice française.

- C'est le plus grand compliment qu'on m'ait fait. En France, les acteurs étrangers se sentent rapidement chez eux.  Voyez Romy Schneider, Claudia Cardinale, Charlotte Rampling, Jane Birkin... qui font partie du partrimoine cinématographique.  Tandis qu'en Angleterre il n'y a qu'une actrice française qui travaille bien, c'est Jane Lapotaire.

- Comment les Anglais vous regardent-ils?

- Ils ne comprennent pas pourquoi je vis ici. Il y a une telle animosité en ce moment entre les Anglais et les Français, à cause de la vache folle... Mes compatriotes se demandent: "Qu'est-ce qu'ils ont de mieux que nous?"

- Pourquoi travaillez-vous si peu en France?  Vous intimidez les réalisateurs français, maintenant que vous êtes célébre?

- Ce serait beaucoup plus facile pour moi de penser cela que de me dire que je ne joue pas assez bien en français!  Je ne connais pas la véritable raison.  J'ai rencontré des metteurs en scène français qui m'ont proposé des choses, mais tout est resté très vague.  C'est frustrant.

- Ne pensez-vous pas que, si vous n'avez pas de propositions, c'est aussi parce que, comme vous attendez un bébé, les gens se disent: "Bon, elle va peut-être prendre un an pour s'occuper de son enfant, on verra plus tard..."

- J'ai mon gros ventre, j'en suis très contente, et je ne désire pas recommencer trois semaines plus tard, comme je l'ai fait avec ma fille.  Mais j'ai quand même envie de me remettre à travailler assez rapidement, parce que j'ai pris une année sabbatique, puis je me suis trouvéé enceinte.  Je commence à avoir besoin de me retrouver sur un plateau.

- Vous avez 40 ans, vous faites un enfant.  Commencez-vous à vous poser la question de la suite de votre carrière?

- Non, sorry, c'est déjà fait! Ce n'est pas moi qui décide de ma carrière, mais j'initie des projets: j'ai monté une société de développement de films.  J'achète des droits, j'essaie de faire écrire les scénarios... Je commence à me prendre en main.  Je n'ai plus envie de dépendre du désir des hommes.

- Avez-vous fait beaucoup de compromis, de sacrifices pour votre carrière?

- Je pense que, si je n'avais pas eu ma famille, j'aurais été une acharnée du boulot et j'aurais été  très malheureuse.  C'est important pour moi de pouvoir descendre d'un plateau de tournage et, après une période de décompression, de reprendre ma place de mère de famille et d'épouse.

- Pensez-vous que c'est un avantage d'avoir explosé vers 30 ans plutôt que vers 20?

- Oui et non.  Parfois, je regrette de ne pas avoir vécu une jeunesse dorée.  Je me dis que ce doit être sympathique d'avoir 25 ans et de rouler en B.m.w. décapotable à Los Angeles, de penser qu'on est la plus belle du monde et d'avoir ce côté un peu futile que je n'ai pas.  En même temps, avec l'âge, j'ai pu garder une distance, je ne me suis pas laissé impressionner et cela m'a peut-être sauvée.

- La compétition n'est-elle pas plus rude à Hollywood, où toutes les filles ont un physique correspondant à des critères précis?

- J'ai toujours été différente.  Quand j'ai commencé à être actrice en France, j'avais un drôle d'accent.  A 40 ans, je ne corresponds pas non plus à l'idéal de Hollywood.  En revanche, j'ai une soeur qui habite là-bas, et chaque fois je suis en admiration devant ses vêtements, sa forme, la fraîcheur de sa peau.  Dans la rue, tout le monde est comme elle - en moins bien - et c'est un piège terrible.  Pour cela, je suis contente d'être en décalage constant.

  
 

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