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   French Elle, May 8, 2000

Kristin Scott Thomas : "J'adore être enceinte"

Michèle Fitoussi
(translated by Malcolm Coupland)

Elle est officiellement en année sabbatique pour cause de troisième enfant. Mais elle sera membre du jury à Cannes et assure la promotion d'«Il suffit d'une nuit» avec Sean Penn qui sortira le 5 juin.

Elle est anglaise, tourne aux USA où elle est une star, mais elle vit en France où sa beauté faussement froide et son humour british lui font bénéficier d'une énorme cote d'amour. Mariée depuis 20 ans avec un médecin français, mère de Hannah, 12 ans et de Joseph, 9 ans, Kristin Scott Thomas veut tout et le revendique: le couple, la famille, la carrière internationale. Mais pas à n'importe quel prix. Elle a décidé de s'arrêter de tourner un an pour faire le point et mettre un troisième bébé en route. Elle assure la promotion mondiale d'«Il suffit d'une nuit» de Philip Hass, un film délicieux tiré d'une nouvelle de Somerset Maugham. Comme à son habitude, elle y est parfaite. A Cannes, elle sera aussi l'une des jurées les plus charmantes du Festival.

ELLE: Depuis un an, il se passe beaucoup de choses dans votre vie; un futur bébé, la sortie d'«Il suffit d'une nuit» avec Sean Penn comme partenaire, le Festival de Cannes en tant que membre du jury. Et une année sabbatique en prime.
KST: Quand j'ai achevé le tournage de«L'ombre d'un soupçon» avec Harrison Ford, j'ai décidée de m'octroyer une année pour m'occuper de mes enfants et aussi de prendre du recul sur mon métier. Mais je ne me suis pas reposé pour autant. J'ai fait la campagne de pub pour les montres Tag Heuer. Et j'ai créé une société de développement pour monter des films qui me conviennent: avec mon associée, une Américaine qui vit comme moi à Paris, nous cherchons des sujets pour en faire des scénarios. A nous ensuite de trouver le producteur, le réalisateur...Nous avons déjà pas quatre projets, dont deux bien avancés. Depuis pas mal de temps, j'étais frustrée d'avoir à compter sur les autres pour des rôles que je ne trouvais pas si intéressants que ça. Là, je vais pouvoir m'impliquer davantage. Cette année sabbatique a tout pour être crevante. Je me dis parfois que travailler, c'est formidable, parce que je suis tout le temps pris en charge. En ce moment, tout est si décousu, si morcelé, entre la promotion du film, les voyages, les pubs, les enfants, la maison... Je suis bien plus fatiguée que quand je tourne. Il m'arrive de me demander qui je suis. Au boulot, je le sais. Même dans une caravane perdue en fin fond du Montana, à attendre des heures que la pluie cesse, j'ai beau râler, je sais qui je suis.

ELLE: Ou en Toscane, sous quarante degrés à l'ombre, corsetée, chapeautée, gantée, maquillée comme dans '«Il suffit d'une nuit»? A l'époque, vous vous êtes plainte de la chaleur.
KST: Quand nous sommes arrivées à Florence, les italiens nous ont immédiatement prévenus: «Nous n'avons jamais eu d'été aussi chaud depuis soixante ans». Il fallait que cela tombe sur nous... Pour les femmes encore, cela pouvait aller, mais, pour ces pauvres hommes en chapeau, cravate, et costumes trois-pièces, c'était terrible.

ELLE: On a le sentiment que vous avez beaucoup aimé jouer le rôle de cette jeune veuve hésitant entre le conformisme d'un remariage bourgeois et le parfum de l'aventure incarné par Sean Penn.
KST: Énormément. Cette Mary Panton, j'y crois complètement. J'ai eu un plaisir fou de me voir l'interpréter à l'écran. Ça va paraître prétentieux, mais je n'ai pas eu l'impression que c'était moi qui jouais et je l'ai trouvée très juste. Elle est féminine, réaliste, et elle ne sait pas très bien qui elle est. Avec son prétendant futur vice-roi des Indes, rôle interprété par James Fox, elle est une prude petite fille, mais avec Rowley Flint, personnage joué par Sean Penn, elle trouve ses marques parce que, au fond, elle est une mondaine qui sait marivauder. Elle est parfaitement égoïste et sans valeurs, comme le dit le pauvre réfugié qu'elle séduit aussi.

ELLE: Vous avez fait rêver des milliers de femmes en étant successivement la partenaire de Robert Redford, de Harrison Ford, et maintenant, de Sean Penn...
KST: C'est incroyable ce que ce type plaît aux femmes! Pendant que je faisais la promotion du film en Angleterre, les femmes journalistes qui m'interrogeait avaient les yeux brillants, rien qu'en parlant de lui. Ça les rendait folles que j'aie pu être sa partenaire.

ELLE: Il est très sexy.
KST: Il est surtout très sympathique. J'étais ravie qu'il ait accepté de jouer Rowley Flint, car il était l'homme idéal pour ce rôle. J'éprouve un grand plaisir à tourner avec des acteurs rois. Avec Rober Redford, c'était plutôt le maître et l'étudiante. Il m'a beaucoup appris, sans doute parce qu'il est aussi metteur en scène. Avec Harrison Ford, nous avons entretenu une relation de complicité, nous avons beaucoup ri ensemble. Sean Penn est d'abord quelqu'un avec qui on s'amuse bien. Mais c'est aussi un acteur impressionnant. Mercurial. Magique. Avec lui, on ne peut que suivre et admirer. C'est vraiment un caméléon. Il n'y a qu'à voir sa filmographie: il passe de Cassavetes à Woody Allen, de «The Game» à «La Ligne rouge» avec une aisance extraordinaire. Il traverse ses rôles, comme sa vie, sans s'arrêter. Il fait des films, rencontre des acteurs, fonce comme un bulldozer, s'investit à fond, pour tout oublier cinq minutes plus tard. C'est une qualité que j'apprécie énormément chez un acteur et que j'aimerais bien adopter un jour.

ELLE: C'est assez masculin, non?
KST: C'est vrai. Nous, les actrices, nous n'avons pas une telle liberté. Je vais peut-être faire hurler vos lectrices, mais je suis persuadée que toutes les femmes ont toujours un coin de leur tête qui reste à la maison. Il m'est arrivé de me concentrer à fond pour une particulièrement tendue ou émouvante, et puis d'entendre quelqu'un annoncer sur le plateau: «C'est l'heure d'aller déjeuner. » Immédiatement, je me suis dit: «En France, il est 6h du matin, les enfants vont se réveiller...» C'est un truc de mère, cette alarme qui sonne sans arrêt dans la tête. Les hommes l'ont beaucoup moins.

ELLE: Vous m'avez confié que vous aimeriez bien travailler avec Tom Hanks. Y a-t-il d'autres acteurs avec lesquels vous aimeriez tournez?
KST: En ce moment, j'ai surtout envie de tourner avec des femmes. J'adore ce que font Nicole Kidman ou Julia Roberts et je trouve frustrant de ne pas pouvoir travailler avec elles. Ce serait génial. Je suis à un tournant de ma carrière. J'ai, bien sûr, envie d'être dans le système de Hollywood, mais je ne veux pas me priver de faire des films comme «Il suffit d'une nuit» C'est difficile de tout vouloir: une famille, un couple, une carrière équilibrée, faite de plusieurs facettes...

ELLE: En 1999,vous étiez à Cannes en tant que maîtresses des cérémonies. Cette année, vous y retournez comme jurée.
KST: J'en suis ravie, car j'adore Cannes. Je me suis amusée comme une folle, l'an dernier. Jamais je n'aurais pensé pourvoir être aussi heureuse. Et pourtant, il m'a fallu énormément de courage pour affronter cette salle, ce public, un courage que je ne pensais pas avoir. Je le disais à Virginie Ledoyen qui joue ce rôle-là cette année et qui a très peur, elle aussi. C'est effectivement terrifiant.

ELLE: Etre sublime, habillée par Chanel comme vous l'étiez, ça ne donne pas de l'assurance?
KST: Si justement, c'est ce qui m'a rendue forte. Et puis les gens étaient exquis et j'étais grisée par la salle. Quand on est sur scène, qu'on sent ces yeux qui pétillent, ces gens qui sont contents parce qu'ils sont là pour le cinéma, on a un sentiment incroyable. C'est à la fois bon enfant et glamour. Je dois dire qu'au moment du palmarès, plus c'était controversé, plus ça pataugeait, plus c'était le capharnaüm et plus j'adorais ça.

ELLE: Il y a eu l'épisode Sophie Marceau...
KST: J'étais en contact avec la régie au moyen d'une oreillette. J'étais confiante car je savais que j'étais guidée. Quand Sophie est arrivée sur la scène, sur le moment, je n'ai pas compris, et puis j'ai senti que la salle grondait et que quelque chose d'anormal se passait. Dans l'oreille, je n'entendais rien d'autre que: «Mais je rêve, je rêve...» Et ça ne m'aidait pas du tout! J'étais horriblement gênée par ce qui m'apparaissait comme être de la maladresse. Enfin je suis ressaisie et je l'ai coupée, un peu sèchement sans doute, mais j'étais autant embarrassée qu'elle.

ELLE: Quels sont les films qui vous attirent cette année, à Cannes?
KST: L'idée d'aller deux fois par jour au cinéma m'enchante. J'attends beaucoup du film de Joel Coen , de celui d'Amos Gitaï, de ceux de Lars Von Trier et de James Gray. Dans la sélection française, je suis curieuse de voir le film d'Arnaud Desplechin que j'apprécie beaucoup. En revanche je ne connais absolument pas le cinéma coréen, japonais ou iranien. Ce sera une occasion de les découvrir. Quant aux membres du jury, je connais un peu Nicole Garcia, mais pas Patrick Modiano, ou Arundhati Roy que je suis heureuse de rencontrer. Quelle bonne idée de lui avoir demandé de faire partie des jurés! J'ai adoré son roman «Le Dieu des petits riens.» Avec Luc Besson pour chapeauter le tout, c'est parfait.

ELLE: Qui vous habille?
KST: Chanel et Lacroix.

ELLE: Votre ventre de femme enceinte de six mois sera-t-il mis en valeur?
KST: Bien sûr. Je vais quand même pas le laisser à la maison. Pour les moments moins officiels, j'ai trouvé, dans les boutiques 1+1=3, des tas de tenus adorables que je vais mettre dans ma valise. J'adore être enceinte, même si j'aime pas beaucoup en parler. Je me sens en pleine forme, alors que, par moments, je me dis que c'est un peu de la folie. Mais je crois que ce sera plus facile avec un troisième. A Hollywood, on peut aisément être sur un tournage avec un bébé. Tout le monde fait tout pour vous faciliter la vie.

ELLE: Vous suivez un régime particulier?
KST: En septembre, avant même d'être enceinte, j'ai rencontré Shari Lewis, une formidable masseuse américaine. Elle m'a mise au régime: plus de produits laitiers, plus de blé, plus de pommes de terre. Moi qui souffrais de sinusite et maux de tête, c'est miraculeux, je suis délivrée. Et mon corps a changé grâce à ses massages. Je n'ai pris qu'un kilo par mois. Les trois premiers mois de ma grossesse, j'avais des envies, mais j'ai tenu bon grâce à elle. Moi qui suis gourmande, j'ai malheureusement dû bouder définitivement la baguette fraîche et le beurre au petit déjeuner. Mais je me sens tellement plus légère! Pour le visage, je suis une fidèle des produits du Docteur Hauschka, qu'on trouve dans les boutiques diététiques. Je m'enduis le corps de crème après-soleil de la pharmacie Santa Maria Novella à Florence et je ne vais jamais au soleil sans écran total. Pour cacher mes cernes, je n'ai rien trouvé de mieux que de porter des lunettes.

ELLE: Votre famille vous retrouvera-t-elle à Cannes?
KST: Seulement un week-end: les enfants vont à l'école. De toute façon, je vais être très occupée par les films, mais je vais bientôt lever le pied sur les activités mondaines bébé oblige.

  
 

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