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CinéLive, November 1999
Kristin Scott Thomas : Ombre et lumière
Gwen Douguet
La plus "Frenchy" des anglaises tombait l'an dernier dans les bras de Robert Redford pour L'homme qui murmurait ... Pas mal, pour un début américain. Aujourd'hui, elle succombe aux charmes de Harrison Ford dans L'ombre d'un soupçon. Demain, elle en pincera pour Sean Penn… Et la liste ne fait que commencer.
CinéLive : Il semblerait que les tragiques histoires d'avions vous collent à la peau… Entre L'ombre d'un soupçon où périt le mari de l'héroïne, le crash dans Le patient anglais ainsi que le fait que votre père et futur-beau père aient disparu dans des conditions similaires, cela fait beaucoup de coïncidences?
KST : Ça m'énerve, mais c'est un pur hasard. Je ne choisis absolument pas mes films pour cette raison. Une mort accidentelle est toujours tragique. Mais, sur le plateau du Pollack, je n'étais pas la seule à avoir connu pareil drame.
CL : Les turbulences que ces souvenirs procurent ont-elles été une source d'inspiration pour la construction du personnage de Kay Chanler ?
KST : Pas du tout. En revanche, il se peut que la douleur vécue à un moment donnée remonte inconsciemment à la surface.
CL : Pour décrocher le rôle de Katherine dans Le patient anglais, vous aviez bataillé ferme. Idem pour Des anges et des Insectes. Là, vous avez supplié Robert Redford, grand ami de Sydney Pollack, de vous présenter?
KST : Non, j'ai même rencontré Sydney avant Robert. Ayant été l'un des tout premiers à voir Le patient anglais, il m'avait fait savoir par des mais communs qu'il m'avait trouvée très bien. J'étais flattée. Je suis allé le voir et le contact a été bon. Il m'a rappelé pour me déclarer qu'il souhaitait travailler avec moi. Et comme un projet avec Harrison Ford venait juste de capoter, L'ombre d'un soupçon est tombé à point nommé.
CL: Pollack déclare que le choix des acteurs terminé, il a déjà fait une bonne partie du chemin. Et vous, quel chemin avez-vous parcouru pour incarner cette postulante au congrès ?
KST : En général, je planifie beaucoup mes rôles, je cherche où je vais mettre plus d'intensité dans l'émotion, plus de poids dans le regard. C'est un travail personnel que j'accomplis avant. Là, quand j'ai commencé à jouer les premières scènes, Pollack m'a tout de suite dit d'arrêter de réfléchir. A chaque fois que je proposais une idée, il la rejetait.
CL: Cela peut-il être découragent ?
KST : Très. Pendant un temps, je suis demandée ce que j'allais faire, étant donné qu'il ne voulait pas m'écouter. Jusque-là, je n'avais appris qu'à compter que sur moi-même. Et puis je me suis dit que j'allais faire ce qu'il voulait. A la lettre près, au geste près.
CL: Vous étiez aux ordres ?
KST : Oui. Cela a été extrêmement difficile, et en même temps très exaltant. J'ai dû me convaincre que j'avais tort, que je n'avais qu'à écouter le maître. Ce qui, au début, m'a fait peur, d'autant que j'arrivais dans cette histoire après avoir eu des succès d'estime seulement. Il me fallait être encore meilleure au milieu de gens quand même plutôt impressionnants. J'avais peur de ne pas être à la hauteur mais, une fois admis le fait qu'il fallait suivre les instructions au mots près, c'était vraiment comme un travail technique, de cinéma. Ce qui n'a pas toujours été facile parce que je ne trouvais pas au fond de moi l'émotion nécessaire, je n'avais pas de repères.
CL: Vous avez dû museler votre instinct?
KST : Oui complètement. Mais après avoir compris qu'il fallait que je m'en tienne aux désirs de Sydney, j'ai pris un réel plaisir à agir ainsi. C'est devenu quasiment ludique, très libérateur. Je n'avais jamais joué de la sorte.
CL: Pollack adore les stars, et dit qu'il est même plus facile de travailler avec elles. Vous en êtes une?
KST : Je me sens à chaque fois comme une débutante. J'ai l'impression de ne plus rien savoir. C'était d'autant plus vrai avec Harrison Ford
CL: C'était plus angoissant qu'avec Robert Redford? Quand vous étiez dans les bras d'Harrison, vous aviez l'impression d'être dans ceux d'Indiana Jones.
KST : Harrison, c'est avant tout un homme, puis une star. Redford c'est tout le contraire. Et je dis cela sans aucun jugement. C'était impossible pour tout le monde de gommer cette idée sur Robert. Il y avait de la complicité entre Harrison et moi dans le travail.
CL : Et avec Sean Penn, avec lequel vous avez tourné dans 'Up at The Villa' de Philip Hass?
KST : La méthode a été totalement différente. j'ai un peu de mal à la définir, mais Penn se prend complètement au jeu. Il se comporte comme ses personnages, son imaginaire est extrêmement développé. Il peut jouer une fusillade, une voiture qui l'écrase, et ce sans le moindre accessoire. C'est absolument invraisemblable. Avec Harrison, c'est plus du genre "bon, je me mets là, je dis mon texte et c'est tout." Mais c'est aussi efficace car le dans le film de Pollack, je le trouve bouleversant comme il ne l'a jamais été.
CL : Annie, l'héroïne de L'homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, se battait sur tous les front. Kay, dans L'ombre d'un soupçon, agit un peu de la même façon. C'est difficile quand on joue des personnages similaires, de trouver de nouvelles couleurs?
KST : Mais, côté premiers rôles, le cinéma américain ne propose aux femmes que des personnages identiques! Il faut être sexy mais fragilisée par le succès, volontaire et dure, et toujours avec une petite fille qui se cache derrière tout cela. alors qu'est ce que vous voulez que je fasse? Je dis cela avec le sourire, mais c'est un peu vrai. Il faut trouver des nuances. C'est aussi cela qui est rigolo, d'imaginer comment Annie dirait telle chose, comment Kay va le dire, ou Katherine…
CL : Ce sont des personnages que vous inventeriez à dîner?
KST : Annie, sûrement. Katherine aussi, mais je me méfierais à cause de mon mari !
CL : Vous vous êtes inspirée d'Hilary Clinton ou d'Elisabeth Guigou [une politicienne française] pour camper Kay?
KST : Pas du tout, sauf que je trouve à l'arrivée des ressemblances frappantes avec Hilary. Mais non, je ne voulais me calquer sur personne, afin de ne pas me faire récupérer. Ce qui ne veut pas dire que je ne me sois pas renseignée. Au contraire. J'ai rencontré une femme gravitant dans le monde de la politique afin qu'elle m'explique pourquoi qu'on devient candidate à un poste au Congrès ou au Sénat, car tout cela me dépassait. Je voulais savoir si c'était une question d'ambition personnelle, comment elle pouvait avoir un pouvoir sur ses enfants, etc. Et des tas d'autres choses.
CL : "Quand mon mari sera professeur", avez-vous dit, "j'arrêterai ce métier". C'était une blague?
KST : Oui. En revanche, il est vrai qu'à chaque fois que je termine un film je dis " Plus jamais ça, j'arrête".
CL : Comme Meryl Streep?
KST : C'est parce qu'elle a quatre enfants. Je n'en ai que deux, mais cette séparation est tuante. En même temps, je dis cela en rigolant car j'ai terminé ce film en février, et j'avais décidé de prendre une année sabbatique afin de me remettre les idées en place, nous sommes pourtant seulement en octobre et je recommence déjà à avoir envie de travailler!
CL : Entre Redford et le Pollack il y a eu le Philip Hass. C'est une nécessité de revenir à des films plus "petits", histoire de vous ressourcer?
KST : Je crois, oui. Pas seulement pour se ressourcer, cela serait terriblement triste pour les autres. Pour renouer… Non après tout pourquoi pas pour se ressourcer? Pour retrouver l'envie et le danger, le côté artisanal de ce fabuleux métier. J'hésite à employer un mot souvent galvaudé, mais cela a un côté familial, artisanal donc, mais dans le très bon sens du terme.
CL : A une époque, vous vous trouviez trop ambitieuse. Vous êtes calmée?
KST : Je crois. Mais à l'époque où je disais cela, je ne l'entendais pas en termes de carriérisme, du genre 'tiens, je ferais bien un film avec Robert Redford ou Harrison Ford!" J'avais par contre très envie de m'impliquer dans de belles choses dont je serais fière et que j'aurais plaisir à voir si je n'étais pas dedeans. C'est vrai que j'ai été un peu éblouie par le succès
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