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Première (France), April 1997
La patiente anglaise
Diastème
De la rue Blanche à Hollywood, de «Maigret» à "Mission: Impossible", Kristin Scott Thomas, l'amoureuse du "Patient anglais", a mis quinze ans pour atteindre le sommet de son art. Planter de drapeau attendu aux prochains oscars. Elle arrive en avance mais est sûre d'être en retard. S'est trompée sur l'horaire. A beaucoup couru pour être à l'heure et comprend mieux pourquoi le taxi n'était pas là au rendez-vous. «Vous m'accordez une minute, elle demande. Le temps que je me désénerve...» Le matin même, elle a cherché partout les billets de train pour le ski -- samedi, elle emmène ses enfants à la neige. Elle a retourné la maison entière pour trouver les billets, ils étaient dans son sac. Dans ce vide et douillet salon de l'hôtel Costes, elle commande un petit déj. Tartines et jus d'orange. Quand on a vu Le Patient anglais , savoir que Kristin va manger est un énorme soulagement. Elle est très élégante. Pas aristocratique, comme on l'a souvent dit. Élégante. Elle porte une drôle de montre qu'elle joue à faire tourner autour de son poignet. La première fois que Kristin Scott Thomas est apparue dans la presse française, il n'était pas question de cinéma mais de deely bobbers . Kristin, jeune apprentie comédienne, et François, jeune étudiant en médecine, avaient eu droit à une colonne dans Libération pour célébrer leur entreprise. À propos, Kristin, c'est quoi, un deely bobber? «C'est un serre-tête avec deux ressorts et des boules au bout. Et c'est très rigolo. L'été 82, on en a vendu sur les plages de Palavas-les-Flots.» Des plages de Palavas aux planches de la rue Blanche, Kristin continue son apprentissage. Quinze années et deux enfants plus tard, le couple a pour le moins réussi. Lui en matière obstétrique, elle en cinéma mondial. D'où la première question. PREMIÈRE / Est-ce que ça aide d'avoir le sens des affaires pour faire du cinéma? KRISTIN SCOTT THOMAS / Oh, ça, c'était vraiment pas avoir le sens des affaires! Il nous est resté deux mille deely bobbers à la cave, qu'on n'a jamais réussi à refourguer! Je crois que la seule chose qui soit vraiment importante dans une carrière -- et je continue à le croire, même si je me plante --, c'est savoir ce qu'on aime et ce qu'on n'aime pas, ce qui nous fait rire et ce qui nous touche. Connaåtre ses goûts. Ils peuvent être très éclectiques mais il ne faut pas faire des choses qu'on n'est pas sûr d'aimer. Leçon n° 1: L'apprentissage C'est vrai que vous avez lancé deux répliques au commissaire Maigret? Oui! Dans le générique, j'étais la «deuxième coiffeuse blonde» alors que j'étais brune à l'époque. Un rôle de composition fou! Je disais: «Ah non, on ne l'a pas vue!» et «Elle est passée par là mardi dernier!» Vous avez aussi tourné dans «L'amour en héritage», ce formidable feuilleton chanté par Nana Mouskouri... Ah oui, merveilleux! C'était mon tout premier film et je ne savais pas qu'il fallait faire deux fois la même chose quand on faisait un gros plan et un plan large. J'avais jamais fait ça. Stacy Keach a été charmant. Je disais [voix suave] : «J'aimerais bien visiter votre atelier... Cela me semble très intéressant...» Je jouais lady Nancy, ma première aristocrate anglaise! Ensuite, il y eut, en 86, le film de et avec Prince, Under the Cherry Moon . C'était un true complètement magique. Juste avant que je ne joue dans une pièce de Marguerite Duras, dans un champ, en Bourgogne. Tout à coup, je me retrouvais au Crillon, avec des gens qui me demandaient qui je voulais comme maquilleur et comme coiffeur... C'était tellement loin de ce que je connaissais... Mon premier grand rôle, dans un film américain, avec des stars... Insensé! Comment appelez-vous Prince maintenant? Justement, je ne sais pas. Je l'ai vu il n'y a pas longtemps, et il m'a dit que je pouvais l'appeler comme je voulais. Je crois que je vais l'appeler Art, comme Art Garfunkel, et comme «Artist Formerly Known As Prince» ! Je ne sais pas s'il va apprécier... On vous revoit ensuite, en 87, dans Agent troublé , de Jean-Pierre Mocky... Ah oui! Mocky m'avait fait mettre des petites lumières au bout des seins et je devais dire: «Comme ça, c'est mieux!», et clic, je m'allumais les seine! C'était aussi la première fois que je débouchais une bouteille de champagne. Je viens de me rendre compte que j'ai joué cette scène avec Richard Bohringer. Je l'ai vu l'autre jour et je me suis dit: «Je suis sûre de l'avoir déjà rencontré.» J'avais complètement oublié qu'on avait fait un film ensemble! Pourtant, Richard Bohringer, c'est un acteur qu'on n'oublie pas! Il s'en souvenait, lui? Je ne crois pas. Mais j'avoue que je suis un peu paranoïaque. Quand les gens me sourient, j'ai toujours l'impression qu'ils savent quelque chose que je ne sais pas! Leçon n° 2. La ténacité Après deux premiers rôles dans deux «petits» films, La Méridienne (88), de Jean-François Amiguet, et Une poignée de cendre (88), de Charles Sturridge, Kristin tourne la même année un téléfilm anglais aux côtés d'Anthony Hopkins, puis un autre l'année suivante, avec Jeff Goldblum. On l'aperçoit dans Force majeure (89), de Pierre Jolivet, aux côtés de Patrick Bruel et François Cluzet, et on la découvre blonde et vedette du Bal du gouverneur (90) de Marie-France Pisier, avec Laurent Gréville. Après une participation frustrante dans Aux yeux du monde (90), de Rochant -- «Le rôle de cette maåtresse d'école me semblait être juste un faire-valoir. Rochant m'a convaincue de faire le film en me parlant d'autres scènes qu'il y aurait dedans, mais toutes ces scènes ont été coupées. C'était un tournage un peu pénible parce qu'il faisait très très chaud, cet été-là, et j'étais enceinte...» --, Kristin tourne en 92 Lunes de fiel , de Roman Polanski. «La grand-mère de mon mari, qui travaillait dans le cinéma, avait prédit que j'allais faire un film avec Polanski. Et elle est morte l'année où j'ai fait mon film avec lui. Je ne sais trop quoi dire... Polanski, quoi. Point.» C'est là que vous rencontrez Hugh Grant?
Non, je l'avais rencontré quand il tournait ce film sur Chopin
["Impromptu" de James Lapine, 91] , par l'intermédiaire
de Julian Sands, avec qui je suis copine depuis très longtemps.
Justement, parlons de 4 Mariages et 1 Enterrement... C'est un film très important dans ma liste. Et j'ai été très surprise par l'accueil fait à mon personnage. Ça m'a apporté beaucoup plus que je n'aurais cru. Ah si, j'ai quand même une anecdote! Sur le tournage, j'étais la copine d'Hugh Grant, sa confidente -- enfin, on traånait, quoi --, et, un jour, il était là à me dire [elle l'imite] : «Ah, je suis nul, nul! Je ne sais pas quoi faire pour pas être nul...», et je lui ai répondu: «Stop! This film is gonna make you a star!» En le disant, je pensais: «Mais arrête de dire ça, vieille ringarde. Tout le monde dit ça!» Mais j'en étais sûre, et j'avais raison! Et d'Un été inoubliable , de Lucian Pintilié... Inoubliable, oui. Tourner avec Pintilié était le contraire d'un cadeau empoisonné: du poison, mais un cadeau. Extrêmement difficile, ex-trê-me-ment, mais vraiment génial. Je n'ai pleuré qu'une seule fois en quittant un metteur en scène, et c'était en le quittant, lui. Vous avez participé au court métrage de François Morel, Plaisir d'offrir... Je suis très contente pour François parce qu'on était ensemble à l'école de la rue Blanche. Je l'ai toujours trouvé tellement décalé par rapport à l'«humour français»... Son humour, et celui de Jérôme Deschamps, est beaucoup plus proche de ce que je connais en Angleterre. François, il est... très bien, quoi. Et le film est joli. Leçon n° 3 L'envol Les choses se précisent. L'année 95, Kristin est présente à Cannes pour deux films, Le Confessionnal , de Robert Lepage («Lui, c'est un vrai génie»), et Des anges et des instectes , de Philip Haas -- «La directrice de casting m'avait dit que je pouvais choisir le rôle qui me plaisait. Depuis 4 Mariages... , j'avais un peu cette image de fille hautaine, intouchable, et le personnage qui me plaisait était cette intellectuelle frustrée, féministe, socialiste, le contraire de tout ça.» Elle tourne la même année dans l'adaptation ciné de Richard III , de Ian McKellen: «J'aime beaucoup ce film, mais pas du tout ce que je fais dedans.» Puis accepte la Mission: Impossible de Brian De Palma: «Expérience géniale... À moi les flingues! À moi les montres spéciales! À moi les espions! À moi les films d'action! J'adore ça... Et puis, De Palma, ça faisait longtemps que j'avais envie de travailler avec lui. Quoique, la prochaine fois, j'essaierai de ne pas mourir au bout de dix minutes!» À partir de quand vous êtes-vous rendu compte que vous preniez de la valeur pour un directeur de casting? Après 4 Mariages... Mais je n'ai jamais eu beaucoup de contacts avec ces gens-là. Comme je ne vis pas là-bas, c'est un peu pénible («Pour appeler la France, il faut faire un numéro un peu compliqué...» «Et puis, on ne peut pas se rencontrer cet après-midi...» «Il faut organiser ça...» «Il faut faire attention parce que ça va coûter cher...», etc.) Quand on veut vraiment de moi, on vient me chercher. Et vice-versa. Je crois que c'est très malin de faire carrière de loin. Si ça marche. Mais c'est la distance qui fait marcher. Ça intrigue, et le risque est plus grand. Ce qui se passe maintenant, c'est que j'ai une autre dimension de choix. J'ai envie de faire un film hollywoodien, mais c'est très difficile de trouver quelque chose qui justifie que je parte trois mois de chez mois. Il faut aussi, comme je vous le disais, que je ne me trahisse pas. Et ce n'est pas facile. C'est vrai aussi que l'inaccessible devient aujourd'hui accessible. Que je me retrouve dans des projets à côté de noms qui me font rêver. C'est très étrange... Quels sont les noms qui vous impressionnent? Plein. Dustin Hoffman par exemple. Ou Robert Redford. Je suis allée le rencontrer il y a un an et ça m'a vraiment impressionnée. Mais je crois que c'est moi qui me suis surtout impressionnée: être capable d'aller à l'aéroport, me payer un billet pour Los Angeles, départ le samedi matin, retour le dimanche soir, juste pour rencontrer quelqu'un! J'ai aussi rencontré Paul Newman, et ça m'a impressionnée! Il est venu sur le plateau de Mission: Impossible parce qu'il tournait à côté et que c'est un grand ami de Tom Cruise. Je lui ai serré la main, et j'étais comme ça [elle tremble]! Vraiment idiote! Non, je suis très facilement impressionnable... Tenez, à l'instant, là, je suis très impressionnée! Maintenant!? Oui, Sting vient de passer derrière vous! [Effectivement, en manteau noir, son épouse à la main, Sting contourne notre table...] Leçon n° 4: La plénitude Vous aviez lu The English Patient , de Michael Ondaatje [en français, "L'Homme flambé"]? Oui, en Roumanie, et ça a été une révélation. C'est un livre extrêmement dérangeant, touchant. Je l'ai lu trois fois: j'arrivais au bout, et c'était insupportable de ne plus l'avoir chaque soir; donc, je recommençais. De retour à Paris, je téléphone à Duncan Kenworthy, qui a produit 4 Mariages et 1 Enterrement , et je lui dis que j'ai lu un livre absolument génial qu'il faut absolument qu'il achète. Il me répond: «Mais c'est déjà fait, ma vieille», et m'apprend que c'est un ami à lui, Anthony Minghella, qui doit le réaliser. Je me dis: «Chouette, une petite production anglaise, il y a peut-être un rôle pour moi...» Même si je ne savais pas très bien quel rôle je pouvais y jouer... Dans le livre, Katharine Clifton [jouée par Kristin] est un personnage très en retrait, un peu comme un rêve... Le rôle principal, c'est Hana [jouée par Juliette Binoche] , et je ne me sentais pas du tout capable de jouer une jeune infirmière canadienne de 19 ans! Quand j'ai lu le scénario, j'ai vu qu'Anthony avait un peu retourné les choses et mis Katharine au milieu du film, comme s'il l'avait sortie de l'ombre. C'est devenu un personnage magnifique pour moi -- magnifique, et pour moi! L'idée que quelqu'un d'autre puisse le faire me semblait insupportable. C'était la première fois que je ressentais ça à ce point. J'ai pris des renseignements sur le film, et j'ai découvert que ce n'était pas un petit film anglais, mais un énorme budget américain. Or, énorme budget américain veut dire énormes vedettes américaines, genre Demi Moore, Uma Thurman... Ou, s'ils insistaient pour avoir une Anglaise, Emma [Thompson] ou Miranda Richardson... Donc, Kristin Scott Thomas... Mais j'ai insisté. Lourdement même. J'ai écrit à Anthony pour le rencontrer, et je l'ai rencontré. Pendant le déjeuner, j'ai été complètement nulle. Parfois, quand on veut vraiment quelque chose, on fait tout le contraire de ce qu'il faudrait faire! Je lui ai réécrit pour lui dire que j'avais été nulle et qu'il ne fallait pas qu'il me juge là-dessus... Je lui ai demandé une audition, et il me l'a donnée. Là, quelque chose s'est passé entre Anthony, Ralph et moi. On a lu toutes les scènes du scénario en une après-midi, et il y avait une magic... On est ressorti tous les trois avec un grand sourire... C'est tellement agréable quand on arrive à voyager dans un bureau, avec deux chaises en plastique et une feuille devant soi... Je sais qu'Anthony a vu plein d'autres filles; mais il n'arrivait pas à se débarrasser de ce qu'on avait ressenti ce jour-là, et il m'a donné le rôle. Le studio ne voulait pas, mais le producteur Saul Zaentz et Anthony ont insisté pour me garder. Ensuite, un mois avant le début du tournage, le studio s'est tiré! Pendant quinze jours, il n'y avait plus de film, plus rien. J'étais très angoissée: je savais que j'avais le rôle, mais je n'avais pas de contrat! J'étais partie à la campagne tout l'été et, un jour, je reçois un coup de fil de la directrice de production qui me dit que mon avion était pour tel jour, telle heure. Je lui ai demandé: «Vous êtes bien sûre... Je pars?» En fait, Miramax avait repris la production à la dernière minute. Et c'est donc grâce au courage des frères Weinstein que le film a vu le jour avec moi dedans. En arrivant sur le tournage, je me sentais une responsabilité terrible... J'étais obligée d'être bonne dans ce film. Qu'est-ce qu'il se passerait si je me plantais? D'où venait cette assurance que ce rôle était pour moi? Est-ce que, finalement, je n'avais pas seulement eu envie de ce rôle par vanité, pour ne pas que quelqu'un d'autre le fasse? Mais, petit à petit, j'ai pris confiance en jouant. Et, au bout de quelques semaines, c'était le bonheur... Vous avez vu le film combien de fois? Cinq, six fois. Vous avez pleuré à cheque? Oui. Le moment qui m'émeut le plus à cheque fois, c'est à la toute fin, quand Juliette quitte le monastère et monte dans le camion. Il y a une petite fille dans le camion qui la regarde, et Juliette lui sourit. Le camion part, les arbres défilent, de plus en plus vite, et, au bout du chemin, il y a le soleil. Ça, c'est un truc... qui me... Il y a l'innocence qui regarde l'expérience, et l'expérience qui lui sourit... Les oscars, ça vous fait quelque chose? Oui je suis très midinette, moi. Je pense honnêtement qu'un oscar n'est pas possible, sauf peut-être pour le rôle de Juliette. Pour les rôles de «leading actress» , ils veulent de la matière. Les performances dans ce film sont trop, comment dire, pas retenues, mais sèches... Pour avoir un oscar, il vaut mieux jouer une attardée mentale alcoolique qui se drogue? Oui, je crois. Je voudrais pourtant faire ça un jour. Tout à la fois! Ce que j'aime particulièrement dans ce film, c'est qu'il n'y a pas un aspect qui soit plus impressionnant qu'un autre. C'est un amalgame. Et c'est pourquoi je pense que c'est un film important. Dans son écriture, sa structure, sa lumière, sa direction d'acteurs... Je dis n'importe quoi, là? Non, non. Y a-t-il des rôles que vous avez regrettés de ne pas avoir? Oh, j'aurais aimé jouer n'importe quel rôle d'Emma Thompson! Et n'importe lequel de Miranda Richardson! Mais je n'ai jamais eu à regretter un rôle qu'on ne m'a pas donné. Ah si! Je mens... Celui de Love, etc . J'aurais beaucoup aimé jouer ce rôle. Je devais le faire, mais Marion [Vernoux] a changé d'avis. Contre qui préféreriez-vous perdre aux oscars: Frances McDormand, Madonna, Emily Watson ou Brenda Blethyn [liste établie avant les nominations]? Par élimination, je dirais Frances McDormand, mais je n'ai pas vu Fargo . Sinon, je n'aimerais pas perdre contre Madonna. Pas à cause d'elle mais parce que je n'aime pas du tout Evita . Je n'ai pas vu le film, mais il suffit que j'entende la musique pour avoir des boutons! Breaking the Waves , je trouve ça très psycho-analytique, et si j'aime bien la psychanalyse, je préfère quand ça se passe dans une pièce... Secrets et Mensonges est un film qui m'a vraiment secouée. D'ailleurs, mon acteur préféré au monde, je crois que c'est Timothy Spall, qui joue le frère. Pourquoi il n'a pas été nommé, lui? Et Ian McKellen pour Richard III... On ne peut jamais savoir. Mais c'est vrai que j'ai envie. Aux Golden Globes, par exemple, c'était à mourir de rire. Ça a très mal commencé: Juliette ne l'a pas eu... Au fur et à mesure que la soirée avancait, on gagnait de moins de moins, et la table devenait de plus en plus triste. Or, moi, en général, quand les gens sont tristes, je fais le clown, le pitre, et je me couvre de ridicule. À la fin de la soirée, j'étais épuisée! Même quand il y a eu la remise de la «best actress» , j'étais tellement dans mon truc d'amuser tout le monde que je n'ai pas prêté attention que j'étais en cause... J'avais oublié... J'ai entendu le nom de Brenda Blethyn, et je me suis levée en hurlant: «Ouais! Ouais! Ouais! Brenda Blethyn!» Puis je me suis rassise en réalisant: «Ah... Brenda Blethyn...» Quel est le dernier compliment qu'on vous ait fait? Puisque je suis dans mon truc de midinette, je pense à Lauren Bacall, qui m'a vue, aux Golden Globes justement, et qui m'a dit en me pointant du doigt: «You are fabulous!» J'étais bêtement, stupidement contente. Leçon n° 5: La joie du foyer On peut finir par quelques questions idiotes? Oui, allez-y, j'adore ça! Entre Jane Birkin et vous, laquelle est «la plus française des actrices anglaises»? Non, ça, c'est impossible! Je crois que c'est elle. Je ne la connais pas en fait. Je l'ai rencontrée deux fois pour une histoire invraisemblable... Elle voulait que je lui ramène un perroquet de New York! Elle m'a paru vraiment très drôle et très sympathique... Je crois qu'elle est plus «française» que moi parce qu'elle a ce côté Saint-Germain qui n'existe plus. Est-ce que vous avez remarqué que dans tous les articles qui vous sont consacrés, les joumalistes s'intéressent beaucoup à la façon dont vous vous habillez? Je dois dire que je fais un effort pour les interviews. Je suis de nature très très paresseuse, et je m'habille comme je ne devrais plus m'habiller à 36 ans! Avec des jeans douteux, ou des pantalons militaires... Donc, j'ai fait un effort pour vous, ça, c'est sûr. Parfois, je me fais même réprimander par mes enfants: «Maman, mais don't wear that! » Êtes-vous déja allée voir un des nombreux sites qui vous sont consacrés sur Intenet? Non... À la maison, comme la plupart des Français moyens, on ne «surfe» pas! Qu'y a-t-il dans l'Yonne qu'il n'y a pas à Hollywood? Oh, je ne sais pas, j'adore cet endroit. Il y a les gens les plus gentile que vous ne pouvez pas imaginer. Ça me rappelle mon enfance... La maison est ouverte, les enfants sont toujours à gauche, à droite, chez les voisins, dans les champs... Tout circule... Et puis, c'est calme. Ah oui, l'Yonne, c'est calme... La ville la plus proche est à 12 kilomètres! Et on peut même pas avoir un téléphone mobile parce que ça marche pas! Dès que c'est possible, je fonce là-bas. C'est parce que vous êtes la seule star de la région... Pas du tout! À Villeneuve-sur-Yonne, il y a Leslie Caron. Elle a un restaurant qui s'appelle La Lucarne aux chouettes. C'est le nouveau Lubéron, dites donc! Non. Il y fait trop mauvais... Et il y a trop des tracteurs!
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